PARIS 14E ARRONDISSEMENT : LA NUIT BLANCHE 2018
LE SONGE DES ESCARGOTS
L’escargot était, avec le grillon, un jouet de ma tendre enfance. J’aimais regarder l’escargot glisser dans ma main; et plus tard, lorsque j’étais capable de l’attraper moi-même, je le tenais prisonnier entre mes doigts pendant des heures entières, lui insufflant une comptine. J’étais fascinée par la mobilité croissante et décroissante de ses cornes. Je chantais et chantais, persuadée que mon chant, tôt ou tard le ferait sortir de sa coquille, et qu’il m’offrirait le spectacle d’une danse.
Je chantais inlassablement en boucle et variais le mouvement rythmique. Le son et le rythme m’amusaient beaucoup plus que la signification : Sên sển sền sên « escargot, escargot, escargot, escargot, tu vas devenir princesse, danse pour moi et je te coudrai une chemise rouge et un pantalon noir ». Cette récitation était comme un jeu sur la musicalité de la langue intrinsèque aux mots, et je ne m’en lassais pas.
Ma première rencontre avec Prévert était la lecture du poème Chanson des escargots qui vont à l’enterrement. Son histoire me semblait familière dès la première lecture tant elle parlait à mes émotions ; je ne comprenais pas les histoires de cercueils et je n’en mesurais pas l’ampleur de l’événement mais je sentais leur gravité. J’aimais l’histoire de cette chanson car j’y revivais l’atmosphère des grands enterrements au Vietnam. Semblables à des parades, couleurs et sons accompagnaient les bannières laudatives. Un festin était servi pour honorer l’âme dans l’au-delà.
Chanson des escargots qui vont à l’enterrement a ressuscité ces moments d’insouciance, j’entends aussi les grillons chanter à tue-tête, je revois l’air dans leurs ailes aiguiser la stridence des vibrations. Souvent, l’esprit du poème me revisite et me ravit de l’allégresse de la Nature, laquelle d’une façon anodine et mystérieuse nous prédestine à notre propre disparition. Les paroles « reprenez vos couleurs, les couleurs de la vie » expriment en quelque sorte le cœur et la manière de Prévert de penser l’existence.





OLYMPIADES DES ESCARGOTS
L’événement des jeux olympiques à Paris réunissant les champions du monde, m’a donné l’occasion de célébrer les prouesses dont sont champions les escargots. La performance du muscle en est leur point commun : l’escargot, muni d’un muscle unique, le pied, mais quel muscle — un modèle de modération pour préserver son endurance.
Le plaisir de montrer la beauté intrinsèque des escargots à la fois simple et complexe m’a conduite à solliciter leur participation dans un terrain de jeu où ils pouvaient livrer les vibrations de leur appréhension intuitive en résonnance avec l’espace sonore d’une guitare ukulélé. L’instrument est animé par le mouvement perpétuel des percussions produites par un moine en jouet muni d’une cellule photoélectrique.
Sourds par nature, mais sensibles aux vibrations, la grâce de leurs déambulations, la vivacité de leurs tentacules, leurs contorsions en dentelles florales sont autant d’éléments plastiques à explorer. Ils posent comme de vrais modèles nus en atelier.
Les escargots ne glissent pas comme l’apparence de leurs déplacements nous laisse voir ; comme chez les humains et autres mammifères quadrupèdes, leurs déplacements laissent des empreintes de nacre par pressions rythmées sur leur passage.
L’allongement de leur pied semblable à un long cou dressé dans le vide donne l’air de mesurer son exploration dans l’inconnu.



