Aquarelles abstraites 1982-1983

Mes peintures sont une réminiscence du grand froid à Paris en 1956 où, ébahie, je regardais avec admiration les enfants en patins à glace tracer des courbes souples et cadencées sur le canal Saint Martin.
Nous arrivions du Vietnam. Ma famille cherchait désespérément comment s’habiller adéquatement pour se tenir au chaud. Nous, les enfants, marchions dans la neige avec des pantoufles charentaises aux semelles de feutre. Le froid fut un choc et demeure encore comme une appréhension.

Dans l’illusion de vaincre ce traumatisme physiologique, j’avais tenté de peindre des couvertures chaudes. L’utilisation de petites brosses souples à la pointe et raides à la base me permettait de manier les couleurs aquarelles comme d’un cardage de fils. Je brossais inlassablement l’aquarelle sur le papier en couches ultra-minces jusqu’à en obtenir la densité d’une peau, enveloppe du corps, porteur de sensation de réconfort.