Perspectives : interprétations du virtuel

LA DÉCOUVERTE DU MONDE

Cette œuvre est inspirée par le Savon de Francis Ponge. Elle pourrait être un momon.

Francis Ponge : Un momon est une mascarade, une espèce de danse exécutée par des masques, ensuite un défi porté par des masques.  Le radical est le même que dans momerie.  L’on devrait pouvoir nommer encore ainsi, par extension, toute œuvre d’art comportant sa propre caricature, ou dans laquelle l’auteur ridiculiserait son moyen d’expression.  La Valse de Ravel est un momon. Ce genre est particulier aux époques où la rhétorique est perdue, se cherche.

L’œuvre est construite avec des matériaux rustiques de récupération. Un coffre en forme de parallélépipède enduit de bitume est posé sur une table construite avec le bois des palettes. Un siège bas placé au niveau du sol et sur lequel on s’agenouille permet de regarder l’œuvre à travers une fente ouverte sur la face-avant à l’extrémité du coffre. Une cinquantaine de morceaux de savon d’Alep entourent la base du coffre des quatre côtés ; un petit receptacle en verre rempli d’eau fraîche occupe le côté où se trouve la fente. L’ouverture est en fait une bouche oraculaire ouvrant sur une lumière noire éclatante agrémentée de pastilles phosphorescentes. Les billets de banque ont été lavés au savon ; ils sont propres, luisants et doux comme du linge propre. Soyez confiants, le coffre est aussi un sanctuaire de la volupté.

Tout le monde sait ce qu’est un morceau de savon, et tout le monde s’en sert comme d’un rituel, tous les jours et plusieurs fois par jour. Mais la bulle au milieu de cet univers, riche en nuances, flottant légère et triomphante, vient-elle d’un autre monde ?

Je ne souhaiterais pas commenter mon propre travail, partager quelques réactions recueillies des flâneurs du dimanche sont bien plus vivantes. En 2016 j’ai présenté cette œuvre sur un marché public parisien. Le parallélépipède semblait éveiller de la défiance. Par pudeur ou crainte d’une tromperie, pensait-on qu’il s’agissait d’une invitation à un « peep-show »?  Mais quelques volontaires se sont prêtés au jeu.

Toutes les personnes qui avaient jeté un œil dans la « boîte noire » s’étaient exprimées spontanément et fort : WOW ! Elles donnaient l’impression d’envier ce qu’elles voyaient.

– Il y avait des personnes qui adoraient le contenu parce qu’elles n’avaient vu que du fric ; elles rigolaient pensant que c’était une farce.

– D’autres personnes qui regardaient plus longuement voyaient la bulle irisée au milieu de faux billets de banque.

– Il y avait des personnes qui voyaient des faux billets de banque, la bulle irisée, et trouvaient que ça sentait bon ; elles repartaient contents.

-Enfin, quelques personnes avaient reconnu la bulle irisée et compris qu’il s’agissait d’authentique monnaie fiduciaire ; elles proclamaient que c’était génial !

LA CHAPELLE

La chapelle, pendante de la découverte du monde, est une œuvre perchée, invitant à monter sur un marche-pied pour découvrir, à travers une fente, un nouvel univers en lumière noire ; dans cet enclos de verres colorés se trouve une oreille d’acuponcture stimulée par de longues aiguilles pour répandre l’energie des miracles de guérison.

LE JARDIN EMPRUNTÉ

Le jardin enprunté est une architecture charnière, ouverte et habitée, offrant plusieurs perspectives : au premier plan un jardin aquatique, au deuxième plan un jardin minéral. La traversée de ces deux espaces successifs mène le regard sur la découverte d’une perspective plus vaste du paysage alentour, selon l’endroit où l’œuvre aura été installée. Cette architecture portative permet ainsi l’inclusion, selon le site, des divers paysages dans l’espace de méditation que l’illusion aura créée. C’est une architecture nomade, à l’exemple des pharmacies portatives précieuses que les pélerins transportent pour leur voyage vers l’inconnu.